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Sporting Club, Emmanuel Villin

Sporting Club est le beau premier roman d’un ancien journaliste français au Proche-Orient, publié par Asphalte, l’éditeur « des fictions de la ville et des marges »... 

Couverture de Sporting Club d'Emmanuel Villin, pau aux éditions Asphalte

Une errance immobile

J’ai beaucoup aimé Sporting Club d’Emmanuel Villin. Le roman raconte l’histoire d’un homme désœuvré, occupant son temps à la piscine dudit Sporting Club, attendant désespérément que Camille, l’homme sur qui il tente d’écrire un livre, se rende disponible pour répondre à ses questions. La ville dans laquelle se passe cette sorte d’errance immobile n’est jamais nommée, mais c’est une ville côtière, méditerranéenne, chaude, envahie par les voitures, baignant dans un capharnaüm permanent. De graves événements s’y sont déroulés, probablement une guerre, et le narrateur assiste, en la déplorant, à une frénésie de reconstruction : « cette ville, en perpétuel chantier, qui s’entêtait à effacer toute trace de son passé. »  Du coup, notre homme, par ailleurs esthète et collectionneur, fréquente les derniers lieux de la ville où le temps semble s’être arrêté : le Sporting Club, le Musée national...

Éloge de la lenteur 

Ce qu’il y a de plaisant chez ce personnage, c’est son détachement, l’absence de volonté de diriger sa vie. On ne sait pas ce qui l’a fait venir dans cette ville où il reste étranger, sans travail et sans argent. Parfois l’oisiveté lui convient, parfois l’ennui et l’incertitude prennent le dessus. Emmanuel Villin semble nous poser la question : que peut-il arriver quand une vie est ainsi mise en suspend ? De quels menus événements est-elle faite ? Cette étonnante absence d’intrigue s’accompagne d’un style élégant, d’un sens de la formule, d’une intelligence discrète et d’une autodérision salvatrice. C’est donc un ton plus qu’une intrigue qu’on apprécie dans Sporting Club. Le petit regret, dans cette lecture particulièrement divertissante, c’est le dénouement plutôt conventionnel du roman. Elle me plaisait bien, à moi, cette simple présence dans un décor urbain captivant. En résumé, si vous avez un peu le goût de l’absurde en littérature et beaucoup celui du beau style, ce roman devrait vous plaire !

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