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Entretien avec Étienne Chaize, l'auteur d'Helios

Le magnifique Helios d’Étienne Chaize a été publié par les éditions 2024, une maison d'édition spécialisée dans la bande dessinée et les livres illustrés.

Composé de grandes scènes aux décors foisonnants de détails, Helios raconte l’histoire d’un peuple dont le royaume est plongé dans une ère crépusculaire depuis que le soleil s’est figé sur l’horizon. Mais sous l’impulsion du personnage du Voyageur, le roi et son peuple vont tenter de rejoindre l’astre pour conjurer le mauvais sort. 

Diriez-vous qu’Helios est une bande dessinée ? Qu’est-ce qui l’en rapproche, qu’est-ce qui l’en distingue ?

Je vois Helios comme une bande dessinée. Certes il n’y a ni bulles ni cases, mais c’est une succession d’images qui produit une séquence narrative, et c’est à mon avis ce qui fait le cœur d’une bande dessinée. Bien sûr, les définitions peuvent varier d’une personne à l’autre, et au final je ne trouve pas que ce soit très important. Helios est simplement une histoire en images.

Sur son site, l’éditeur parle de « pénitents » en procession pour désigner l’épopée des membres du royaume. Ont-ils commis une faute ? Cette interprétation biblique est-elle une interprétation possible parmi d’autres ou est-ce ainsi que vous avez vous-même pensé l’histoire ?

C’est vrai que le mot n’est pas anodin. Dans le texte introductif, il est question de « lever le sort », et d’un voyageur qui promet un salut. On peut donc penser à une faute à expier et à un messie. Au moment d’écrire l’histoire, j’ai plutôt pensé qu’Helios s’était arrêté de lui-même, et que les habitants du royaume interprétaient cet évènement astronomique comme une malédiction, puisque le crépuscule permanent entraîne leur déclin. Je vois bien les parallèles avec l’Exode, mais je ne vois pas les personnages comme des pénitents. Libre au lecteur d’en faire cette interprétation.

Le voyageur est-il un étranger ? Quel est son rôle ?

Le voyageur a un statut un peu étrange, je ne suis pas tout à fait sûr moi-même de qui il est. Quand je réfléchissais à l’histoire, j’ai d’abord pensé au Joueur de Flûte de Hamelin, qui mène la foule vers sa perte. J’envisageais alors une fin plus noire, avec moins d’espoir. La dernière scène, quand les 7 derniers personnages se tiennent par la main au sommet de la montagne, fait référence à la fin du Septième Sceau de Bergman : on y voit la Mort emporter les personnages dans une danse macabre. Quelque part, le voyageur tient le rôle de la Mort, mais vu que la fin est moins sombre, plus ouverte, c’est plutôt le passeur vers le nouveau cycle qui s’amorce, et pas un juge ou un bourreau.


Comment les tableaux que constitue chaque double page sont-ils fabriqués ? Dessinez-vous ? Peignez-vous avant de tout monter sur Photoshop ?

J’utilise Photoshop pour composer et coloriser les images. J’essaie le plus possible de fabriquer mes éléments sur papier, pour ensuite les ordonner sur ordinateur. Pour Helios, j’ai utilisé des stylos techniques, de l’encre au pinceau, des lavis, de la pierre noire (technique proche du fusain), de l’aérographe (avec et sans pochoirs), du montage photographique, des gravures de Piranese et de Miller. Je m’attache à ce qu’il y ait une recherche graphique dans mon travail, et j’aime trouver de nouveaux moyens de combiner la souplesse des outils informatiques avec la richesse et la variété des techniques traditionnelles. 

L’objet est superbe. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le choix du grand format et de la reliure à la suisse ?

Le choix du format est en fait le premier qui a été fait, avant même d’imaginer l’histoire. Ce sont les Éditions 2024 qui m’ont contacté avec ce format en tête, et une carte blanche pour l’investir. Ce sont eux aussi qui ont suggéré la reliure suisse, qui permettrait de bien ouvrir le livre et de mettre en valeur les doubles pages. Enfin, nous avions déjà travaillé ensemble sur Quasar contre Pulsar, nous avons donc réutilisé la quadrichromie modifiée (magenta remplacé par du rose fluo), qui fait beaucoup pour la luminosité des scènes. Je peux donc dire que la qualité de l’objet est à mettre à leur crédit !

Pouvez-vous évoquer quelques-unes de vos sources d’inspiration pour la création d’Helios ?

Pour l’histoire, j’ai évoqué Le Joueur de Flûte de Hamelin et Le Septième Sceau. Pour les personnages et leurs costumes, j’ai beaucoup regardé Issey Miyake et le photographe Charles Fréger. Pour les décors, il y a le graveur Piranese, sûrement un peu les peintres Turner et Rothko. Il y a aussi beaucoup l’influence des jeux vidéos pour le souci de détail et d’immersion que j’ai eu dans la création des décors, et l’animation japonaise, dont je suis très friand.



Helios - Teaser (forêt/forest) from Etienne Chaize on Vimeo.

[Étienne Chaize collabore actuellement à Orcina Orca de Simon Thompson, un projet en cours de crowfunding.]

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